mercredi 13 janvier 2010

Marilou

Gare de Montpellier, j’ai pris le train avec mon père. C’est mon anniversaire. Ma mère me porte, je suis heureuse. École maternelle, l’angoisse des gens, la cantine, mes pleurs. Je me plains des maux de gorge dans l’espoir de rentrer chez moi. La forêt entoure ma maison, moi dans la poussette, mon père me pousse. Plaisir d’une balade. Dans la Kangoo verte de ma mère, à la radio une pub pour crozatier tous les matins. L’angoisse d’être en retard à l’école. D’aller à l’école ? Palavas, à la sortie d’un karaoké, mon père traverse la route, l’alcool, une voiture qui arrive, la montre brisée sur le sol que je me dépêche de récupérer. La gare, un café, mon père, MarieLouise, un mensonge sur la montre cassée. L’angoisse qui revient.

Marilou

Montpellier, l’esplanade, le tour de poney avec mon frère et mon père. Je suis bien. On est bien. On rit. Le mas, la chambre de Marion, dans le noir, on fume des fleurs. Sentiment de liberté. Salle Léo Ferré, spectacle de mon frère, il joue un poulpe. Mon père, l’alcool, le scandale. Mon scandale. Mes cris, mes pleurs. Palavas, la plage, des amis, notre danse en rond, la casquette au milieu et l’espoir de gagner de l’argent. Palavas, l’appartement, mon père, ses amis, l’alcool, leurs jeux. Ils lancent des assiettes par la fenêtre. Mon angoisse, toujours. Boulox, Paula et Marion, notre voyage en scooter, cinq heures de scooter. Les pâtes mangées au poste à 3 heures du mat. Le bus, mon frère et moi assis côte à côte. Je m’occupe de lui, il me dit des mots qui pourraient paraître incompréhensibles. Moi, je le comprends, c’est mon frère. Je l’aime. Palavas, Funérarium. Plus d’alcool. Mon angoisse, cette angoisse, ne sera plus jamais là.

Aurore

Je joue de la flûte traversière lorsque j'ai une envie de m'évader et d'oublier tous les malheurs de la terre. Beaucoup de choses me révoltent actuellement, les enfants morts à cause de la famine dans les pays d'Afrique, le Tchad, l'Irak, les hommes qui s'entretuent, les guerres, les enlèvements, les viols .... Si seulement je pouvais agir, mais j'ai un sentiment d'impuissance, je me sens faible, petite sur cette planète. Cette planète qui se détruit peu à peu à cause du réchauffement climatique. Tout le monde se demande ce qu'il adviendra dans quelques années... Cette question me tourmente mais nulle réponse. Je pourrais faire une longue liste de ce qui me révolte, me heurte, me choque !

Aurore

Mais au moment où mes lèvres effleurent l'embouchure, je suis dans un autre monde, j'oublie... Les problèmes de la Terre ne sont pas en permanence ancrés dans ma tête, dans mes pensées, mais ne me laissent en aucun cas indifférente. Tout cela me touche, je suis humaine. Quand je joue, je suis dans un monde meilleur, je suis épanouie. Lorsque je vide tout l'air de mes poumons, que mon souffle se propage dans le corps de l'instrument, je me sens soudainement apaisée, libérée. La musique est une échappatoire, c'est le seul trait d'union entre tous les peuples. Nous avons tellement besoin de paix et d'amitié... Et moi, je continue de jouer Mozart...

Anaïs

Quand je pense à tout ce qui se passe dans le monde, je m'arrête, un temps. Je revois les images de cette femme défiler dans ma tête. Oui, cette femme à qui le journal de 20h n'a consacré que deux minutes trente, simple fait divers. Je pense à elle, assise sur mon canapé rouge made in Ikea, à son visage enfoui sous les bleus, les larmes et le désespoir. Ma petite télé me laisse deviner des tas de choses. Je me dis que sur l'un de ces grands écrans que l’on voit dans les centres commerciaux, l'effet ne doit pas être le même. Quand je vois ça, comment aurai-je envie de me lever demain? De me battre pour des causes justes...

Anaîs

Malgré tout, il y a cette odeur de café. Ce plaisir matinal qu'on ne pourra m'enlever, ce plaisir-là, il m'aide à me lever. Mais cette femme, pourra t-elle encore connaître quelques-uns de ces petits bonheurs quotidiens? Marcher au bord d'une rivière, s'allonger dans l'herbe fraîche et regarder défiler les nuages, ces choses que moi, j'aime faire. Mais elle, les fera t-elle ? Les a t-elle déjà faites ? Quel est le passé de cette femme? Une naissance d'enfant voulu ou une naissance consécutive à un viol? Quel est son présent? La famine, la fuite, la guerre? Et quel sera son futur? Verra t-elle un jour la mer ? Pourra t-elle écouter tout simplement les bruits de la forêt ? Toutes ces petites choses qui sont pour nous si anodines, si communes, si faciles, comme respirer, boire et s'évader. Toutes ces petites choses, cette femme, les connaîtra-t-elle un jour ?

Laetitia

4 décembre 2009, je suis triste aujourd’hui. Je pleure. Un décès est survenu. Je suis dans le hall du lycée. Il pleut. 5 décembre 2009, enterrement, église, fleurs, sensation bizarre de déjà-vu. Mai 2008, enterrement de papi, pour une fois nous sommes tous réunis. Mon cousin pleure comme jamais. Cela me rend triste. Mes larmes coulent. Chez mamie, dehors nous buvons un verre. Le tonnerre gronde, papi a rejoint le ciel. 29 septembre 2002 . 9 ans, Mon anniversaire, papa montre son nouveau camion, je ne fais pas attention et m’accroche à un bout de ferraille qui dépasse. Mon bras saigne. Direction pharmacie. Je pleure. J’ai mal. Temps superbe, j’ai une cicatrice pour la vie. Année 2009, deux décès de plus. Année pourrie. Cinq angines en six mois. Urgence. Traitements. Je suis fatiguée. 20 octobre 2009, opération des amygdales, deux jours à l’hôpital. Je souffre. On me shoote à la morphine. À mon réveil, il pleut, la perfusion me fait mal. Je ne peux pas parler.

Laetitia

Janvier 2003, premières vacances en famille. Les Angles. La neige. Heureuse. Maman. Luge. Piste en pente. Trop tard. Poteau. Maman saigne. Nez cassé. Hôpital. La neige recouvre les traces de sang. Mai 2008, Papi est à l’hôpital, leucémie. On s’attend à son décès. 16h, le téléphone sonne. Il est parti. Nous prenons la route. À Faugères, je pleure. Le temps est maussade et triste. 2007, randonnée, entorse. Urgences. Immobilisation. Quinze jours avec des béquilles. Trois étages à monter. Pénible. Galère. Je transpire. Décoiffée. 3 octobre 2003, Une boule de poils débarque dans ma vie. Perdit, mon chien. Jours heureux, il fait beau mes cheveux sont longs. 19 novembre 2008, Enzo naît. Je vais le voir à la maternité. J’aime m’occuper de lui. Temps superbe.

Adrien

Je m'échauffe, c'est le soir. La foule commence à arriver, je m'étire et fait abstraction de tout. L'équipe adversaire aussi est là. Nous ne somme pas ici pour faire la guerre. Nous n'avons pas le même maillot, mais nous avons la même passion. L'arbitre se rapproche et annonce le début du match, la pression monte. Le match est rude, une colère en moi, je dois me faire violence, la mi-temps est sifflée. L'arbitre me demande de me calmer. Le score est de 10 partout, le match est serré et je rejoins les vestiaires, les mains rouges et transpirant toutes les gouttes de mon corps. je m’apaise et dois reprendre mes esprits.

Adrien

L'arbitre siffle, le match reprend, j'espère que cette seconde mi-temps sera moins violente que la première, mais la pause n'a rien changé. Le match est toujours aussi intense et le score et toujours aussi serré. Les minutes passent, et l'arbitre siffle la fin sur le score de 19 partout. La poignée de main est ferme avec les adversaires, je suis satisfait de ma performance, j'ai tout donné, j'aime ce sport, ce combat, cet affrontement moral entre les joueurs. Cette équipe, je la rencontrerai l'année prochaine et cette fois-ci, nous les gagnerons !

Célia

Dans le ventre de ma mère. Épisiotomie. Le ciseau s’approche de mon crâne. La pointe effleure son milieu. Mon crâne mou, rose et dégarni. Petite cicatrice de la forme d’un malabar mâché. Mon premier été, 6 moi à peine. Ma sœur joue sur le lit où je suis posée. Elle saute, je tombe. 3 ans, partie de colin maillard dans le salon. J’ai les yeux bandés. Ma sœur me fait tourner. Je m’élance dans la pièce, pas vraiment d’équilibre. Le fauteuil est sûrement trop près. Le coin de l’œil est touché. 5 ans , dernière année de maternelle. Terrible dispute avec la teigneuse de la cour. J’ai pris son ballon. Pour se venger, elle accroche sa mâchoire à ma joue. L’empreinte de ses dents durant de longues semaines. 6 ans, en trottinette sur la plus grande descente du village. Un saut en guise de siège. La semelle de mes baskets ne suffit pas à m’arrêter. Deux genoux au mercurochrome. 7 ans, cours de l’école primaire. Course d’élèves. Jusque-là en tête de file, je sens un pied passer devant le mien. Je tombe, elle tombe. Je relève la tête et elle son genou. Ma tête épouse le bitume. Je perds là un bout de ma toute nouvelle dent définitive.

Célia

11 ans, première année de judo. Quatre ceinture plus tard première compétition, je gagne une double entorse de la cheville. Envie de recommencer tout de même. 12 ans, le judo est un beau sport, je gagne encore une cheville tordue, un genou puis l’autre, puis le poignet gauche. 14 ans, Angleterre, on marche pieds nus dans les rues. On court. Je me fais piquer par une petite araignée. Le soir la plaie s’infecte, soins limités, je rentre avec un staphylocoque doré. 14 ans. Balade en vélo jusqu’au village d’à côté. Au retour je filme en pédalant mes amies devant moi. Je retire le zoom et m’aperçois que je vais rentrer dans la roue du vélo devant. Je freine. Fais un soleil et perd un bout de dent recollé sept ans plus tôt. 15 ans, randonnée en Pyrénées, je trébuche sur un des cailloux du chemin. Je tombe à plat ventre. La chute n’est pas forte, mais les 25 kilos du sac à dos m’empêchent de me relever. 16 ans, rando dans l’Aveyron et la Lozère. Les cinq jours avec le sac sur le dos me valent le surnom de pied troué. Les ampoules ne me permettent plus d’avancer. 17 ans, perdus dans la Montagne Noire sous la pluie, en pleine nuit. Le groupe dort dans un abri de fortune pendant que je surveille le feu. Au bout d’une demi-heure, je m’endors. Plus tard on me réveille, toujours aussi froid. J’ai la face cramée et les sourcils brûlés.

Nathalie

Dans la petite coccinelle bleue claire, j’ai chaud. Mes joues sont rouges. Avachie dans mon siège, j’ai honte de cette voiture démodée, rouillée, bruyante, repérable… Maman dit : regarde, j’ai nettoyé les vitres. Et je regrette les vitres sales derrière lesquelles je me cachais.
Sur la luge avec papa, je me sens toute petite et en sécurité. Je tends le bras, j’attrape de la neige et je la mange. Quel bonheur d’avaler cette chose sur laquelle on glisse si bien.
Demain, c’est Noël. Je suis heureuse, excitée, j’essaye de me calmer de peur de rater l’arrivée du père Noël dans la cheminée. Ce soir, je l’entendrais. Hélas le sommeil est plus rapide que papa Noël ! J’ai des nouvelles chaussures. J’ai l’impression que lorsque je cours, je vais si vite que je n’arrive plus à m’arrêter. Elles sont magiques.
Construction d’une cabane. Je ne fais pas les choses à moitié, je serais déguisée en dame. Sac à main de maman, un peu de rouge à lèvre, chaussure à hauts talons, beaucoup trop grandes et me voilà, pour la journée, dans un autre monde.

Nathalie

Comme tous les soirs, ma sœur et moi choisissons un livre. Nous sommes chanceuse d’avoir une étagère à livres rien que pour nous. Ce soir, ce sera celui-là. Je me précipite dans ma chambre, je monte sur mon lit à toute vitesse, prête à savourer ce dernier instant avant de dormir. Profiter des merveilles que m’offre ce livre que je connais par cœur.
Nous marchons deux par deux. Le hasard fait que je tiens la main de Billy, un garçon de ma classe. Je suis rassurée de lui donner la bonne main, celle où je porte une gourmette. Billy me sourit. Pourvu qu’il ait remarqué la gourmette.
Pour travailler, la maîtresse veut que je me mette avec Jack, un hyperactif. Il se comporterait mieux quand je suis avec lui. Je veux bien, je le trouve gentil. C’est comme si j’étais sa maîtresse.
Je suis devant mes camarades, je leur lis un livre. Du moins, je leur décris les images à ma façon. Je m’applique pour tourner les pages, c’est important. Je m’assure que tout le monde écoute car je n’aurai aucun problème pour les rappeler à l’ordre.
Cinq ans, je suce mon pouce. Seule devant la télé, je me dis que personne ne me verra. Sauf que Papi arrive sur la pointe des pieds et me surprend. Flagrant délit !. Et il m’a fait la peur de ma vie…

Sofia

Une chambre vide dans laquelle n'apparaît que le nécessaire : un lit, une armoire, une bibliothèque, une commode, de grands murs blancs imposants sans affiches ni photos. Trône dans un coin une télé, petite mais efficace. La porte-fenêtre tout aussi corpulente donne sur la rue Clairac, pas loin une école maternelle, il est agréable de voir et d'entendre ces enfants. Leurs rires sont précieux, leur sourire reflète à la perfection, l'innocence qu'on leur jalouse.
J'aime me retrouver coincée entre ces quatre murs pour finir par me réfugier derrière des histoires, des vies qui ne sont pas mienne. La générosité des mots me laisse pantoise, je leur dois beaucoup, parfois tout devient évident...

Sofia

Je cours sur le bitume de la cour de la maternelle. Ma robe marron extrêmement bien cintrée vole dans le vent. Je suis bien.
Rentrée des classes. CM2. Pull indien marron et jean assorti comme vêtement neuf. Maman y tient.
CE1, chemisier à fleurs et jean délavé. C’est maman qui choisit mes vêtements ce matin et j’en suis heureuse.
Italie, hôtel, environ 22h. Il vient me parler,  me critique, me fait de la peine. Je le hais tout comme le débardeur rose que je porte. Je m’en suis débarrassé.
Pull rose fuchsia pardessus un tricot sans manches bleu fuchsia aussi. Il dit  qu’il ne se passera rien entre elle et moi. Je suis en larmes. La couleur fuchsia m’écœure à présent.
Pompéi. Pull violet et jean. Je respire.
Chemise kaki, chemise fétiche. Elle ne me quitte pas de l’été, j’aime le Maroc.

Arnaud

Je sers, servir c'est important, c'est primordial pour gagner à ce sport, j'avance vers la ligne de fond, je fais rebondir la balle, je regarde fixement la position de l'adversaire s’il va anticiper- coup droit, revers ou avancer au filet - j’essaie de lire dans ses pensées pour préparer le service approprié. Donner sa vie. Je lance la balle dans le ciel, je vise et frappe… la balle part à toute vitesse sur le revers de mon adversaire, il ne la touche pas, elle est trop rapide, mon adversaire a perdu le point. Je suis en confiance, mais le match ne fait que commencer, les points sont rudes, certains points durent une éternité, 20 voire 30 coups de raquettes, je transpire lui aussi, nous sommes à bout de force. À la balle de match sur mon service, je sers pour le match, je repense au service précèdent, j'ai remarqué la faiblesse de son revers, je lance la balle, frappe et je gagne, sauf que cet adversaire, c’est mon ami, même sur le terrain, ce n'est pas mon ennemi, dans le tennis, la guerre, elle se fait dans le jeu. Et ce point, simplement exceptionnel : je sers, il la renvoie, longue ligne, j’anticipe, avance croisée, il est dessus, il amortit, je cours et m’étends de tout mon long pour récupérer cette belle et j’y arrive, je la repousse, il attaque, je me retourne et attaque à mon tour de toutes mes forces, il essaie de renvoyer, n’y parviens pas. Point. Un grand combat entre deux passionnés d’un sport exceptionnel

Arnaud

Paula

MGMT, david bowie,the bloody beetroots, cypress hill, gui boratto, justice, kid cudi, wax tailor, uffie, tycho, ratatat, simian mobile disco,prince, popof, Paul kalkbrenner, nujabes, mondkopf, mickey avalon, metronomy, luke abbott, busy… liste interminable. Je m'évade quand j'écoute de la musique, je me retrouve dans le monde de la nuit berlinoise ou dans un quartier branché new-yorkais ou sur le bord d'une plage... La musique me fait changer d'univers. J'associe chaque chanson à une image, à un moment de ma vie, à une humeur, à un film que j'ai vu, à un moment difficile ou joyeux, à un cœur brisé... Écouter une chanson me remémore un souvenir et provoque un sourire, des larmes ou encore le rire... La musique me permet, peut être, d'avoir une meilleure mémoire. D’abord les souvenirs puis les paroles des chansons. Les paroles, je m'y identifie parfois.

Paula

L'amour et la musique vont très bien ensemble, ils forment une sorte d'alchimie. La plupart des chansons portent sur le thème de l'amour et c’est magique et indispensable de partager de la musique avec la personne qu'on aime. Mettre de la musique est, pour moi, un automatisme. Une journée ou une soirée entre amis sans musique,  c’est comme fade. Un de mes moments préférés de la journée, c'est quand je prends le bus ou quand je vais me coucher le soir, seuls moments où je peux écouter de la musique tranquillement, sans être dérangée. La musique est pour moi une «donneuse d'énergie». Elle me suit partout, tout le temps. En ce moment, je suis en «phase» musicale, je ne passe pas une journée sans elle. Je ne m'en lasse jamais, j'en veux toujours plus. Je ne suis jamais en overdose de musique. C'est une drogue dont on ne peut pas abuser.

Cassandre

Je crée pour oublier le reste du monde, qui n'est pas très glorieux : la guerre en Irak, la pandémie de grippe A, la crise économique, la famine … Il ne faut pas croire que le monde est triste, on a eu la chance de vivre l'élection du premier noir à la tête des États-Unis d'Amérique. Mais le sujet n'est pas celui- là.
Je crée, seule dans ma chambre, face aux tissus et au mannequin, je m'amuse. Cette création sera peut-être présentée un jour, portée par des gens connus, arrachée par les plus célèbres marques. Mélanger de nouvelles couleurs sur le papier, dessiner, mesurer, essayer de trouver un renouveau pour une tenue qui fait peine à voir. Découper autour des patrons pour que le tissu prenne une forme. Assembler les pièces comme pour un puzzle. Créer quelque chose, d’original ou de classique, toujours unique.
Se lever le matin avec de nouvelles idées, se réveiller en pleine nuit et noter tout de suite ses idées pour ne pas les oublier. Quelques fois, en relisant ces notes, je trouve ça ridicule, voir même débile et je constate que je n'étais pas dans mon état normal. Mais ça reste quand même amusant à lire, à garder et voir comment mes idées évoluent. Voir que ma petite sœur voulait une robe de princesse pour sa poupée, jusqu’aux dernières idées, par exemple une tunique idéale pour un rendez-vous de travail ou une réunion importante.

Cassandre

Je quitte la cour des petits, je quitte mes repères, je quitte mon directeur. Je rentre en 6ème. Pour la première fois, je quitte tous mes copains. Un tout nouvel univers.
Je pars loin de papa et maman. L’angoisse d’être seule. Les larmes et aussi la joie d’être avec les copains. À la fin, je pleure car je ne veux pas rentrer.
Maman décide de refaire ma garde-robe pour l’hiver. Après un vrai régime plus rien ne me va. La plus grosse journée shopping de ma vie. Que du bonheur.
Le texte est su, la maîtresse arrange les derniers détails. Je rejoins les copines derrière le rideau. Je révise mon texte une dernière fois. Il n’y a plus de rideaux, la salle est en bas, ça y est-il faut donner le maximum.
J’ai peur de grandir. Je sors pour la première fois. Une amie vient me chercher pour passer une soirée avec d’autres personnes. Maquillage, coiffure… Rien n’est laissé au hasard. On klaxonne en bas de chez moi : à demain maman. C’est parti …
Piscine party. On est toutes en tenue de plage, thème de la soirée. Les garçons sont déjà dans la piscine. On voulait éviter de se baigner. Les garçons ne nous ont pas laissé le choix. On finit tout habillé dans l’eau. C’est décidé. Ma sœur et moi, chacune sa chambre. Je veux la plus grande. Maman m’accorde la moyenne. Je sais exactement ce que je veux, plus de jouets avec ma sœur, ma chambre sera toujours rangée Une nouvelle vie commence.

Sébastien

Lorsque j’écoute de la musique, de la bonne musique, j’oublie les conflits dans le monde, la haine des gens. The first steps towards creating world peace by ourselves. Comment peut-on se battre lorsque de si belles choses existent ? Why fight when such beauty is all around us. Je pense aux peuples en guerre, aux milliers d’innocents qui meurent et je me dis que j’ai de la chance d’écouter de la musique, de savoir ce que je sais, de penser ce que je pense. I can put the world to the side. Quelle chance. What such fortune.

Sébastien

J’ai l’esprit de la paix et il faut la partager comme on partage les chansons que l’on aime. La paix est une chanson universelle que tout le monde voudrait voir en live. Il faudrait faire écouter la musique de la paix à tous les peuples, ce qui n’est pas une tache facile. Jérémy Gilley, un réalisateur a dédié dix années à cette tache en créant une journée mondiale de la paix, le 21 septembre. Il fait écouter cette chanson internationale aux soldats, aux dictateurs. Certains sont sourds, mais il faut insister sur le rythme, la mélodie et la beauté d’une telle chanson. Peace one day.

Baptiste

J’étais en seconde et l’on m’a proposé de chanter dans un groupe de rock, cela m’a tout de suite plu, mais quand j’ai su qu’il fallait chanter devant plein de gens à la fête du lycée, j’ai décidé d’arrêter. Ils m’ont rappelé, et là je savais que ce genre d’expérience, ça ne m’arriverait pas deux fois dans la vie (…) La chorale joue maintenant, ça va bientôt être à nous, d’un coup le stress monte, c’est horrible, ça me noue le ventre, il ne faut surtout pas que je me plante, sinon j’aurais droit aux moqueries de certains à la rentrée. Il y autant de lycéens que de collégiens, et quelques profs. Je sors pour évacuer le trac, j’en ai besoin, je décompresse avec les membres du groupe. Ça y est, c’est à nous, une montée de stress m’envahit d’un coup, mon cœur bat à la chamade, mais je ressens comme un réchauffement. J’ai le sentiment que ça va bien se passer. J’ai cette envie de montrer de quoi je suis capable. Les applaudissements retentissent, ma famille est au premier rang, je suis fier d’être là. J’ai la gorge sèche, je panique l’espace d’une seconde, la guitariste me regarde en me disant : ça va être à toi ! Un frisson me parcourt, je déglutis et d’un coup, les premiers mots retentissent. Soulagement, j’avais tellement peur qu’aucun son ne se produise. La pression se relâche et je regarde la foule. Je suis dans ma bulle. Le micro est sur son trépied, je ne l’ai toujours pas retiré. La fille avec qui je chante en duo me regarde l’air de dire : quand est ce que tu vas te lâcher ? J’acquiesce d’un signe de tête, j’attendais le moment propice pour passer du chant calme à celui de gueuler, que ça produise chez le public un effet de surprise.

Baptiste

Au final, une montée d’adrénaline, on saute tous à pieds joints, c’est un bon final. Le dernier morceau qu’on n’avait pas le droit de jouer, mais on le voulait à tout prix. L’organisateur, acquiesce, le public est avec nous. Anarchy in the UK de Sex Pistols, on l’a mal joué, mais c’est un pur bonheur de pouvoir la chanter. Là c’était plus « anarchie in the school » qu’en UK. C’est la fin, je sors de scène, je ne me souviens plus si je suis allé voir mes parents en premier, mais ce qui est sûr, c’est que je suis directement monté au balcon voir mes amis(e) s et mon cœur se réchauffait en leur présence. Je signe des autographes pour le délire, j’étais comme sur un petit nuage. Puis je ressens une sensation d’étouffement, il me faut sortir. Je m’allonge sur une table dehors et regarde le ciel, un bonheur intense m’envahit. Relâchement. Les mots sont faibles pour décrire mon état à ce moment-là. C’est indescriptible, mais je me suis juré de ressentir une deuxième fois ce sentiment intense.

lundi 11 janvier 2010

Norbert

Mon front est large et non fuyant. Sur l’arrière de mon crâne, le cheveu devient rare miné par une alopécie naissante. Ma charmante coiffeuse, après chaque coupe, joue du miroir afin de me cacher la vérité sur cet incontestable vide capillaire. Un peu plus bas, plantés à peu près au centre de mon visage se trouvent mes yeux marron nimbés de vert donnant de l’éclat à mon regard. Deux yeux pas trop grands pour ne pas voir toutes les misères du monde… Mon nez quant à lui ressemble à un simple nez. Je n’ai pas le profil grec, pas plus que latin, j’ai le mien tout simplement. Ma bouche est de taille moyenne et mes dents sont bien alignées. Avoir une bouche trop grande permet, peut-être, d’accumuler trop de mots, gros ou petits, et conduire inévitablement à dire plus d’âneries bien que cela ne soit nullement vérifié scientifiquement. Au-dessous de ce visage, séparé par un simple cou, mon torse prend naissance. Hormis ma carrure assez large, il est à retenir mon petit bedon, vestige des bons moments de l’existence, que l’on affectionne. Bras et jambes me paraissent assez proportionnés, à la taille qui, de pied en cap, mesure les un mètre soixante. De ce portrait rien d’exceptionnel si ce n’est ma date de naissance.

Norbert

Je suis né un douze octobre, le jour où paraît-il, on découvrit l’Amérique. En quatorze cent quatre-vingt-douze, je crois, si ma mémoire d’écolier ne me fait pas défaut. Naître un jour comme celui-là, un douze octobre, aurait pu me convaincre d’embrasser une carrière d’historien. Mais non, ce douze octobre, bien plus près de nous en mil neuf cent soixante a lui aussi laissé son empreinte dans l’histoire et non des moindres… Je l’ai découvert par hasard, en fouillant l’intimité des événement passés. Ce jour-là, ce douze octobre, il faisait très froid, les relations est-ouest tendues à leur maximum. A la tribune de l’ONU, Nikita Khrouchtchev, alors premier secrétaire de l’Union soviétique ôta sa chaussure qu’il brandit à l’assistance en menaçant de rouvrir la boîte de Pandore et de répandre ses démons, nucléaires, sur le monde ! Heureusement pour tous, il n’en fut rien. Alors, dans tout ça, que représente mon autoportrait face à l’humanité ? Je ne vous le fais pas dire …

Rachid

Long de taille, blanc de couleur qui tire vers le mat, un sang qui circule dans ses veines partagé entre l’arabe et le berbère. Les yeux d’un personnage qui est sûr de la vie.
Il a l’air calme, la chevelure rabattue vers l’arrière, genre classique, une marche d’un être de tous les temps, quelqu’un qui n’a rien laissé au hasard, toujours sûr de lui.
Un peu méticuleux, soignant bien son travail. Les échecs et les succès lui ont appris les secrets de la vie.
Un jour, un des amis de son père dira de lui : c’est vrai, vous savez, il ressemble bien à son oncle. Ne dit-on pas qu’on a toujours notre double quelque part.

Rachid

De tous les meilleurs instants que sa mémoire emmagasine, c’est le premier contact avec son entourage familier dont il se souvient. A deux ans, il apprend les prénoms de ses parents Mohamed et Halim, de ses frères Khaled et Rabah et de sa sœur Souméya. Il est un enfant qui montre à son entourage qu’il existe.
Les longues nuit de l’hiver lui faisaient peur. À deux ans, il dort avec ses frères. Une nuit, la porte se referme et grince. Le môme se met à pleurer fort et décide de quitter la chambre pour trouver refuge chez ses parents. Il demande à son frère aîné de lui tenir la main et de l’accompagner. Après, les portes se referment, le silence s’installe et le vent continue son spectacle dehors.
Parfois sa mère préparait une valise, posait un morceau de plastique sur sa tête : qu’est –ce que c’est ? demandait l’enfant. C’est du henné mon fils. Les femmes le préparent et le mettent sur les cheveux avant d’aller au bain maure. Et c’est quoi le bain maure ? C’est à où les gens vont se laver. Ensuite l’enfant s’habilla et sa mère le prit dans ses bras. Dans la grande salle, après une pièce pleine de vapeur – brouillard – il ne voit rien, entend le hurlement des bébés. La peur s’installe en lui.
Tôt le matin, alors que toute la maison est encore dans le sommeil, il quitte la chambre pour s'installer chez ses parents. Il veut jouer avec eux. Sa mère sent sa présence, le prend dans les bras, l’embrasse et lui dit fait signe de ne pas faire de bruit. Le père dort, il est rentré fatigué après avoir travaillé toute la nuit. L’enfant se sent en sécurité sous la couverture chaude.Le silence règne à nouveau dans la maison.

Martine

Elle m'a gardé longtemps dans une boîte, Longtemps. A Parler de la croix Je crois. J'attendais. Un jour, elle a ouvert la boîte, elle a enlevé la croix. Belle, simple, mais une croix quand même. Elle a oublié d'où je viens, comment je suis arrivé dans la boîte. Elle me savait là, c'est tout. Ce jour-là, elle a enlevé tout ce qui était moi, point par point jusqu'à la croix. Elle a défait le fil, tout simplement.Puis elle a remonté tous les éléments. Sur un autre fil élastique, souple, pour m'avoir à son poignet, souvent. Et pouvoir m'enlever d'elle. Et me prendre dans ses mains, et faire rouler chacun de mes grains entre ses doigts. Comme ça, souvent. En attendant quelqu'un, en attendant le bus, en parlant, en marchant, 

Martine

Elle joue avec moi, aime ma douceur, elle me lance, me rattrape, me reprend. Et vite lestement me rattache à son poignet ou plutôt m'enroule, hop, deux mouvements rapides ! Et moi le sage, le tranquille, que l'on égrenait en silence, je redeviens vivant ; Je joue à sauter dans ses doigts. Je joue à compter tout son temps. Je joue pour elle et avec elle. Je suis tout rond maintenant, Adieu la croix. Adieu le poids. Tout en cercle, en rond, c'est bien. Elle m'a sorti de la boite et c'est bien.

Corinne

Elle entre dans la salle, des regards d’hommes, de femmes. Au vestiaire, elle met sa tenue, ses protections. Voilà, tout le groupe court dans la salle d’échauffement. Choisissez votre partenaire ! Hésitations. Homme ? Femme ?
Les femmes sont techniques. Les hommes, pur rapport de force. Combat de coqs. Hommes ? Femme. C’est bien de boxer avec un homme. Il vous respecte comme tireuse. Tireur, tireuse, c’est ainsi que l’on appelle les boxeurs.
Des coups de pieds, de poings. Mal. Excuses. Essoufflement, deux minutes à tenir. La jambe se lève, le poing effleure, touche. Elle a chaud. La main sur le cœur, on se quitte.

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Elle préfère combattre avec les hommes. Ils se plaignent moins.
Ce jour-là, elle ne va pas bien. Elle est fatiguée, énervée. Pas envie de plaisanter. Pourtant, elle aime l’ambiance bon enfant qui règne dans la salle.
Blessure, le ligament de la jambe est touché. Il faut boxer avec une attelle. Elle ressemble à Robocop.
Trop de femmes. L’ambiance change. Elle aime toujours boxer, mais éprouve moins de plaisir dans les échanges. Elle donne un uppercut, touche l’œil de son adversaire. Sentiment de culpabilité.
Décidément, elle n’aime pas boxer avec les femmes. Elle essaie de choisir des partenaires masculins. Mais, le groupe se scinde. Femmes avec femmes. Hommes avec hommes. Elle quitte la boxe.

Natacha

Je suis blonde aux yeux bleus. Ajoutez à cela la consonance slave de mon prénom et vous serez loin de la réalité. Avec l’âge, le blond est parti, laissant place à une couleur châtain foncé sans intérêt. Mes yeux, par contre, sont toujours bleus mais autour, il y a des sortes de petits sillons creusés dans la chair. Il paraît que ce sont des rides. Des taches de rousseurs, ou plutôt ce qu’il en reste, parsèment un visage allongé. Allongé, mon nez l’est aussi. Je dis souvent que j’ai un profil étrusque parce que ma tante me l’a dit. Puis je trouve que cela fait chic d’avoir un « profil étrusque » mais en vrai, je n’en sais rien. En résumé, je suis une fausse Russe avec un profil vaguement étrusque. Ma bouche, quant à elle, est inexistante. Avant, je mettais du rouge à lèvre, rouge ou marron, pour faire plus sérieux. Maintenant, je me suis résolue : ma bouche est comme cousue. Mais le pire, ce sont mes oreilles…allongées. Je dirai même disproportionnées. La partie supérieure s’étale à n’en plus finir impliquant une dysharmonie avec la partie basse qui semble atrophiée. Mon visage est donc l’anamorphose de celui d’une poupée russe. C’est un peu comme si, d’un coup, le visage d’une femme peint par Titien se serait mis à couler jusqu’à devenir un Modigliani. Je suis la coulure, l’allongement de quelque chose de déjà existant.

Natacha

Là sur des feuilles, sur l’écran s’étalent des mots.
Souvent les mêmes, je crois. Ils viennent car il s’agit de vider et dévider mes maux.
Ils viennent n’importe quand. Peut-être pour cracher là ce qui est trop lourd à porter, ce qui ne peut-être dit, ce que le son de ma voix ne veut pas entendre résonner haut et fort.
Les rimes et le rythme quand je chute. Écriture asyntaxique, chaotique. Mots à la suite qui se font écho. Leur son, leur bruit matérialisent ce que mon corps ressent.
La prose et les phrases propres quand c’est possible, quand on le demande. Souvent pour dire une pensée ou raconter. Mais cela part de l’âme et non du corps. Alors j’efface, je n’aime pas, je recommence, je perds pied…souvent il y a l’humour qui me sauve.
Je préfère l’autre écriture née de la douleur. Elle sonne juste et résonne en moi…toujours.
Il s’agit d’occuper l’espace. La linéarité de la prose m’effraie. Besoin du rien entre mes mots. Avant et après…Voir mon texte plus que l’entendre parfois…..

Célia

La chambre n’est pas très grande et la lumière blafarde de la salle de bain clignote par moments. Maman, allongée sur les draps jaunes du lit, ne dort pas, elle a peur. Je sens son angoisse du fond de mon petit berceau transparent. Chaque fois que je pleure, chaque fois que je crie, je sens son corps se raidir. Près d’elle, papa se repose, l’air heureux. Dans le couloir, les pleurs d’enfants se succèdent et les pas des infirmières résonnent. Maman ne dort toujours pas. Je sens son regard sur moi, je lis dans ses yeux toute sa tristesse et son émerveillement, ça me panique alors je hurle. Ses bras me soulèvent, m’emmènent contre son sein. Tout s’apaise pour elle comme pour moi, nous pouvons enfin dormir.

Célia

Bleu comme celui de ma joue douloureuse et blanche la poudre du coton pour le cacher.
Rouge le sang qui coule entre mes cuisses et la honte de devoir partager cette intimité avec eux.
Vert comme l’herbe que je découpe au ciseau dans une boîte en fer que je roule entre deux feuilles pour me faire croire le monde meilleur.
Jaune comme le soleil du sud qui me manque.
Marron vert et vert marron comme ton regard et l’espoir d’un lendemain.
Orange comme toutes celles qu’on a coupées pour les manger, les presser, se régaler ensemble face à la mer.
Noir comme les yeux de mon fils sur mes genoux noirs ; comme les miens et mon bonheur d’y voir un petit garçon heureux.

Claude

J’ai trente-cinq ans environ, je suis trois quart de face, rouge à lèvre discret sur visage pâle, cheveux mi-longs et conformes. Mais ce trois quart facial ne suggère pas le nez, on peut tout juste l’imaginer. Qu’en est-il ? long ? moyennement long ? ou très long ? « Le nez s’allonge en vieillissant comme dit papa, c’est à cause de la modification des cartilages des os » Malheur ! le mien sera-t-il comme le sien ? Eh bien oui, le mien s’allonge et se recourbe, d’ailleurs, il n’arrête pas de s’allonger. Je n’aime pas du tout sa légère courbe, ni bosse, ni droite ligne, un toboggan à l’envers qui n’ose pas s’affirmer. Pire sont ses narines, profondes et noires comme des gouffres. En plus, il coule, il sécrète, il a mal, il a froid. Qu’il reçoive un ballon mousse ou une balle de tennis, et c’est la même chose, huit jours de convalescence rougeâtre. Autre chose que vous n’imaginez pas, eh bien, en plus, il revient cher avec ses lavements multiples, ses vacances à la mer pour lui faire plaisir et ses crèmes en tout genre. Enfin, je l’aime de moins en moins, et quand il va vieillir, que va-t-on devenir tous les deux ? Je vais le détester et nous allons devoir cohabiter. Enfin, une idée lumineuse : le transformer, le rajeunir, vite, internet ! Chouette, on refait nez, narines et cloison nasale en même temps. La clinique est à Paris ? bon , passons ça peut se faire. Encore plus chouette : les photos ! Elles avaient le nez de Ségolène et se retrouvent avec celui de Grace Kelly. Ah bon, il faut aussi refaire le menton, pas de problème ! A moi la vie de Lolita ! Des photos, encore et encore et en plus « refaire le nez rajeunit tout le visage », chouette alors ! Ah. …. de 7000 à 8500 euros….m…..alors, je me gratte un peu…. le nez, je le retrousse puis je le caresse, enfin je monte à la salle de bain, petit coup de mascara, je me regarde dans le miroir, je vous assure qu’en trois quart de face, j’ai celui d’Ingrid Bergman. Puis écoutez un peu ce que j’entends : « Bon alors c’est quand qu’on achète l’album des Pokemon au lieu de regarder toutes ces vieilleries ? » Les enfants ne respectent plus rien.

Claude

Elle m’oublie parfois et trop souvent depuis quelques semaines. Elle m’accorde une grande confiance, croyant que je peux tout enfermer, tout cacher et tout absorber. Mais elle exagère, je lui en veux de me prendre pour un fourre-tout ou un vide-poche. Ma maîtresse me néglige en effet, si vous la connaissiez… Je n’ose pas encore dire qu’elle me maltraite mais …Regardez-la me fourrer dans son cartable avec ses mains oppressantes. Regardez-là me jeter sur la table. Elle en oublie mes fleurs séchées, celles pour lesquelles elle m’a convoitée puis achetée. Elle en oublie mes origines, papeterie de quartier chic où elle m’a dérobée comme une friandise, à la place d’un beignet ou d’un cookie. Je crois que je l’aime encore mais que j’en viens à me lasser d’elle.  Je voudrais arrêter les voyages et me reposer sur un petit bureau de bois, à l’ombre fraîche d’un grand chêne, dans une maison d’autrefois, peut-être celle d’un écrivain….

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